La faïence fine ou la naissance d’une esthétique nouvelle
«La faïence fine Française, 1743-1843 » s'expose au musée national de céramique à Sèvres.
À travers les 400 pièces de l’exposition «La faïence fine Française, 1743-1843 », le musée national de céramique à Sèvres fait revivre les aspects historiques, sociologiques et esthétiques d’un siècle au cours duquel la production de céramiques en faïence fine est entrée dans l’ère industrielle.
Sous la monarchie de Louis XV (1715-1774), les arts décoratifs s’épanouissent dans l’expression privilégiée du style « rocaille ». La richesse de ses formes en arabesques, de ses compositions mouvementées et de ses coloris, intéresse l’orfèvrerie et les arts céramiques. Une nouvelle clientèle apparaît, celle de la bourgeoisie commerçante industrielle et financière dont l’essor économique s’accompagne de la construction d’hôtels particuliers. Leur aménagement intérieur tient compte de la notion de « vie privée » et de son corollaire, « l’intimité », d’où l’invention de la « salle à manger » qui consacre ce nouvel art de vivre. Artistes et sculpteurs sont sollicités pour fournir aux grandes manufactures de porcelaine de Chantilly et de Vincennes des modèles de formes… « rocaille ». Mais la réalisation de ces contours et reliefs complexes se heurte au manque de plasticité de la « porcelaine tendre ». Des recherches sont menées par les techniciens et à Vincennes, Claude Imbert Gérin invente la « terre d’Angleterre », une matière novatrice, blanche et souple.
Les origines de "la faïence fine française"
L’exposition de Sèvres commence en 1743, à l’origine officielle de «la faïence fine française» qui donne naissance à la manufacture parisienne du Pont aux Choux. Un privilège d’exclusivité lui est accordé de 1748 à 1768, garantissant le succès de ses pièces de faïence en contre-courbes et coquilles à bord chantourné, et cette production à moindre coût concurrence directement les manufactures de porcelaine. Autour de 1768, époque prérévolutionnaire, la France bénéficie d’une certaine prospérité qui améliore les transports, la vitesse de circulation des marchandises, rendant propice l’éclosion sur tout le territoire, y compris la Lorraine, d’un large réseau de faïenceries (Douai, Bordeaux, Creil, Montereau, Choisy-le-Roi, Saint-Clément, Toul, Lunéville…).
Formes, décors et matières.
Antoinette Faÿ-Hallé, directrice du musée de Sèvres et commissaire général de l’exposition, accompagnée de Christian Maire commissaire scientifique, a choisi de présenter les formes, les décors et les différentes matières des objets en faïence fine, sur un siècle de production. Au gré de l’évolution de ses styles, de ses techniques, et de l’Histoire, la faïence dévoile sa diversité : des grès fins de Sèvres et de Musigny, aux terres carmélites et imitations de pierres dures de Sarreguemines, des marbrures et décors à herborisations, au service de Creil de 60 pièces, sans compter les bustes et statuettes d’hommes illustres, vases et objets divers. La « faïence fine française », dont la manufacture de Gien est l’unique héritière, aura été source d’une esthétique nouvelle portant en elle les germes de l’industrialisation française. Et depuis plus de 250 ans, l’extraordinaire variété des produits céramiques relevant de cette technique conditionne l’esthétique de nos tables !
Alix Saint-Martin
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« La Faïence fine française, 1743-1843 », au Musée national de céramique à Sèvres, du 22 octobre au 23 février 2009. Catalogue d’exposition. Place de la Manufacture - 92310-Sèvres. Tél. : 01.41.14.04.20. Ouvert de 10h à 17h, sauf le mardi et certains jours fériés. Tarifs : 4,50€, 3€, gratuit - de 18 ans et le 1er dimanche du mois. www.musee-ceramique-sevres.fr
